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mascaron

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Mascarons

Depuis des générations ils nous observent, ces fantastiques visages de pierre, témoins muets de notre va-et-vient par les rues de la ville. Rares sont ceux parmi nous qui leur rendent leur regard, tantôt sévère voire courroucé, tantôt souriant, serein - jusqu'à l'indifférence. D'ailleurs, avec certains mascarons aucun échange de regards n'est possible, parce que le visage en question est placé trop haut et regarde au loin, rêveur, ou alors fixe immuablement les mansardes d'en face. Une seule de toutes ces figures lève carrément les yeux au ciel, la tête rejetée en arrière, le cou tendu dans un bel élan de jeune fille enthousiaste. Qui a-t-elle bien pu être? La fille du constructeur de la maison? Le sculpteur-décorateur était-il amoureux de la jeune fille, dont il immortalisa une attitude caractéristique? Nous ne le saurons jamais. A ceux qui se laissent prendre au jeu des devinettes - y a-t-il ressemblance, portrait voulu ou déguisé? - les façades eschoises proposent parfois des réponses inattendues. Ainsi un mascaron hilare rue de l'Aizette ressemble de façon frappante à un ancien premier ministre aux traits mémorables. Et n'est-ce pas un autre premier ministre récent, dont le profil de jeune homme semble avoir inspiré celui du monsieur au numéro 55, rue de l'Alzette? Il est vrai que la ressemblance n'apparaît que lorsqu'on contemple la figure de la mansarde vis-à-vis. Il existe aussi dans notre rue principale deux médaillons-portraits du roi et de la reine des Belges, Albert 1er et Elisabeth, surmontant deux hiboux géants; un petit-fils du grand entrepreneur-promoteur Alfred Lefèvre, qui fit construire l'immeuble, me dit que c'est en guise de remerciement pour une décoration reçue du roi que son grand-père orna cette façade de l'effigie royale; mais une autre interprétation veut que le profil faisant face à celui du roi est celui d'un soldat romain à la couronne de lauriers, et que le roi belge s'y trouve, parce que le propriétaire de la maison était un Belge. Côté portraits il y a encore deux profils en bas-relief de personnages plus modestes, à savoir celui d'une femme, une Française paraît-il, qui fit construire une maison dans la Hiehl et une fillette rue Hoferlin. Mais pour les amateurs il n'y a pas que ces énigmes d'identités, ces interrogations de mines fermées, de visages éternellement muets, il y a surtout le jeu fascinant du soleil et de l'ombre, dont la succession au gré des variations quotidiennes et saisonnières dessine sur les traits figés des expressions tantôt fortement marquées, tantôt estompées, voilées.....( Texte du livre de Nelly Moia: Mascarons de Luxembourg )

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